1927. Les Cahiers de la République des Lettres et la gastronomie
Sujet: Le Petit Journal

Les Cahiers de la République des Lettres publient un numéro spécial consacré à la gastronomie où l’on découvre quelques signatures célèbres : Jacques Bainville, Léon Daudet, Paul Reboux, André Billy, etc.
Ce numéro s’ouvre sur une déclaration péremptoire mais indémodable : « La gastronomie connaît deux sortes de parasites : les fantaisistes et les cuistres, ceux qui, n’y connaissant rien, tranchent de tout et ceux qui, croyant trop s’y connaître, distillent l’ennui et dégoûteraient de la table les plus affamés. »
L’historien Jacques Bainville cisèle quelques aphorismes : « Quand un dîner est parfaitement bon d’un bout à l’autre, étonnez-vous comme d’un visage de femme qui n’aurait aucun défaut. » - « Une des meilleures choses qui se puissent manger : la côtelette de porc à la purée de poireaux, selon la formule d’Ali-Bab. Le poireau est un légume à peine exploré. Il réserve à ceux qui s’en occuperont des découvertes éblouissantes. » - « Les prétentions à la gastronomie sont rarement justifiées. C’est un hommage que la ratatouille rend à la cuisine et l’ignorance à l’art. »
L’écrivain et polémiste Léon Daudet se livre à une apologie de l’ail (en quoi il n’a pas tort !) : Frédéric Mistral et mon père, quand je faisais mes études médicales, me conseillaient vivement de faire ma thèse sur les vertus thérapeutiques du catigot d’anguilles, plat du Rhône, dont la recette est : rondelles d’anguilles, d’oignons, de lard, alternées sur une broche, grillées à feu vif, avec arrosage d’un coulis d’ail et de tomates, qu’on appelle aussi une pommade. Ce catigot, dont la recette, originaire de Condrieu,  aurait été perfectionnée jusqu’à Saint-Louis-du-Rhône, guérissait – à condition que l’ail fût « piquant » - presque toutes les maladies infectieuses et Mistral disait en riant : « Il n’y a que le mal d’amour contre lequel il soit inefficace. » Quelquefois je revois en rêve ma thèse imprimée, avec ce titre en caractères gras : « Du catigot et de ses vertus. » Mais j’eusse été sûrement recalé par cet extraordinaire et solennel abruti, qu’on appelait le professeur Bouchard, ennemi du vin, considéré par lui comme le pire des poisons, et qui avait inventé cette affaire abracadabrante : les maladies « par ralentissement de la nutrition… »








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