Défense et illustration de la chronique gastronomique
Sujet: Editorial

D’accord, ceux qui écrivent sur la gastronomie font des envieux…
Nous sommes bien placés pour le savoir.
La bonne vie ?
Une forme de journalisme particulièrement agréable pour ceux qui la pratiquent ?
La réalité, avouons-le aujourd’hui, est moins simple.
Et si chaque journal, bien souvent, a son critique, il n’y a en réalité, ici comme ailleurs, qu’une petite poignée de chroniqueurs compétents et talentueux.
C’est dommage, c’est regrettable, mais c’est ainsi.
Et le dire ne chagrinera que les incompétents.
Non seulement il faut savoir manger mais aussi savoir écrire, et certains critiques ne possèdent qu’une de ces qualités et parfois, c’est fréquent, aucune des deux.
Il est indispensable de connaître la cuisine et les vins, d’avoir le goût juste, de distinguer ce qui est vérité et sincérité du produit, de faire la différence entre créativité, envolée gustative, plaisir pur, et esbroufe culinaire.
Cela va de soi, direz-vous.
Erreur. Sinon, tout le monde serait gastronome, ce qui n’est pas le cas.
Aujourd’hui, il est bon, et même nécessaire, de connaître l’histoire de la cuisine pour en mesurer l’évolution, de ne pas ignorer la diététique, d’être attentif à l’origine du produit,
de ne pas confondre esthétique et tape-à-l’œil, caricatures plus ou moins drolatiques dans l’assiette et talent réel.
Le chefs, bien souvent, n’aiment pas les critiques, sauf quand ceux-ci disent du bien d’eux. Et encore ! Une poignée de pique-assiettes, de profiteurs, de prévaricateurs abîment l’image de la profession.
Et lui font grand tort.
L’idéal, c’est le critique qui s’installe incognito dans un restaurant, paie son addition, et, si c’est bon, se fait éventuellement connaître, parle de la cuisine en connaisseur avec le chef ou le restaurateur qui, eux, n’ont aucune peine à identifier les incultes pontifiants.
Les lecteurs ne s’y trompent pas.
Tous les bons chroniqueurs sérieux ont un public fidèle, attentif, sachant déchiffrer leurs goûts, leurs manies parfois, leurs réticences, la qualité de leur opinion.
Et il n’est pas de chroniqueur gastronomique de talent sans culture et connaissances variées.
Qu’attend-t-on d’un restaurant, grand ou petit ? Du plaisir. De la générosité. Et si on ne «mange pas les rideaux», comme le disait Curnonsky, il faut au moins que le cadre soit agréable et chaleureux, comme l’accueil et l’atmosphère.
Le rôle du chroniqueur gastronomique est de faire connaître, avec un jugement sain, franchise et moralité, les maisons qui le méritent, bistrots, brasseries, grandes maisons.
Il n’y a guère de différence entre lui et un critique littéraire ou de théâtre, si ce n’est  la spécialité.
S’y ajoute une joie de vivre communicative. Le chef, le restaurateur, comme le critique ne sont vraiment bons que s’ils sont gourmands et curieux de tout, à la recherche perpétuelle du meilleur et de l’authentique.
Si  la gastronomie a besoin d’excellents chefs, de chroniqueurs attentifs pour en parler, elle a aussi besoin de clients sachant apprécier.
C’est le cas de nos lecteurs à qui nous souhaitons une très savoureuse année 2007, date anniversaire des quarante ans d’existence du «Guide des Connaisseurs», premier magazine gastronomique du pays. Champagne pour tout le monde !
                                                                                                         
Jacques Kother
           








Cet article provient de 'Le Guide des Connaisseurs'
http://www.leguidedesconnaisseurs.be

L'URL de cet article est:
http://www.leguidedesconnaisseurs.be/article1622.html