Lettre ouverte aux mous du goût
Sujet: Editorial

Non, pas vous, VOUS !
Vous avez vingt, trente, cinquante ans...
Vous ne savez pas manger. C'est suicidaire, mais vous l'ignorez.
Atteint de cécité gustative, vous vous contentez de quatre ou cinq plats, toujours les mêmes.
Votre seule fantaisie, c'est la barquette achetée toute préparée dans une grande surface.
Inutile de dire que vous n'avez jamais ouvert notre magazine qui fête en 2007 quarante années d'existence.
Vous n'avez rien d'un connaisseur. Vous êtes un inculte des papilles. La nouveauté vous épouvante. Mastiquer est un supplice.
Vous avez le goût du mou, celui du mauvais gras et des conservateurs de l'industrie agro-alimentaire.
Jamais vous ne vous régalez. Votre existence est morne. Vous ne connaissez rien des joies de la gourmandise intelligente et de la culture gastronomique.
C'est d'autant plus grave que certains enfants, aujourd'hui, croient que le poisson est carré, couvert de chapelure et que plus un fruit est beau et luisant, meilleur il est.
Comme vous, leurs parents ont été incapables de transmettre un savoir alimentaire et culinaire.
Et si tout le monde vous ressemblait, les artisans du terroir, les défenseurs acharnés du bon produit de qualité, du poulet qui a couru, du fromage au lait cru, des légumes sans pesticides, des charcuteries qui ne sont pas d'usine, n'auraient plus que leurs yeux pour pleurer.
Goûter par plaisir est pourtant preuve d'intelligence.
Pourquoi s'arrêter au micmac du BigMag?
Les patrimoines culinaires les plus riches ne sont-ils pas toujours l'apanage des vieilles civilisations?
Au-delà, ou en deçà, des richesses culturelles et artistiques qui les caractérisent, le raffinement alimentaire ne témoigne-t-il pas, lui aussi, du degré d'évolution de ces sociétés?
A votre décharge, nous subissons encore les effets de deux guerres qui ont porté un coup fatal à la cuisine des familles, dont les recettes étaient transmises de mère en fille, sans oublier le fait que les femmes n'avaient plus le temps de faire la cuisine parce qu'elles travaillaient. Résultat: elles n'ont pas appris à cuisiner et n'ont donc pu transmettre de savoir-faire.
Aujourd'hui, les gens ont envie et besoin de mieux manger, malgré une grande ignorance qui explique le succès des vrais chroniqueurs gastronomiques, des chefs de talent, et des cours de cuisine qui se multiplient.
L'onction d'une sauce, un souvenir gourmand, un plat rare, ou de perfection simple, voilà qui embellit la vie.
Sans négliger un phénomène peu connu: émincer une échalote avec un couteau bien aiguisé a, chez certains, un effet profondément relaxant.
C'est moins coûteux qu'un psy.
Rien ne remplace une bonne table, des saveurs authentiques, un vin friand, et l'amitié.
Car l'amour des bonnes choses, c'est avant tout belle humeur et plaisir de vivre.
                                                                                                                                
Jacques Kother
 
    







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