Jacques Simonet maniait la fourchette avec humour
Sujet: A b?tons rompus

    

Grande figure libérale, ancien ministre régional bruxellois, ancien Secrétaire d’Etat fédéral, bourgmestre d’Anderlecht, Jacques Simonet, qui vient de disparaître subitement à l’âge de 43 ans, était célèbre pour ses boutades et son humour volontiers ravageur.

On se souviendra longtemps de son exécution (très drôle) de Brigitte Grouwels, la «flamingante» bruxelloise : «Elle est à Yves Leterme ce que son chihuahua est à Paris Hilton.»

Nous avions publié ses confidences gourmandes dans Le Guide des Connaisseurs, dont il était un lecteur assidu.

Elles révèlent un aspect (particulièrement sympathique) de sa personnalité.

Les voici©, en hommage à un homme de très grande qualité.        

     
Au restaurant Al Piccolo Mondo, il découpe un homard sous l'oeil indulgent du chef Serge Trojanowski et il enfourne une pizza avec le patron, Leonardi Spagnuolo et Francesco


Jacques Simonet : «J’adore le hachis Parmentier de ma femme et je partage avec mon fils une passion non dissimulée pour la purée»
 
Jacques Simonet l’avoue d’emblée : ses activités politiques lui laissent peu de temps pour la cuisine. C’est sa femme qui se charge de l’ordinaire, après sa journée de travail. Licenciée en notariat, elle travaille dans l’étude de son frère à Liège, ce qui lui occasionne une navette quotidienne. On a beau être femme de ministre, quand on rentre à sept heures, on n’en doit pas moins aider les enfants (un garçon de 12 ans et une fille de 6 ans) à faire leurs devoirs et leur cuisiner, vite fait, le repas du soir. 
Jacques Simonet aime incontestablement la cuisine italienne. La preuve : son menu préféré (ci-dessous) fait la part belle aux cannellonis et aux tagliatelles. Il fréquente très régulièrement le restaurant « Al Piccolo Mondo »,  19 rue Jourdan à 1060 Bruxelles. Il y allait déjà avec son père Henri quand il était enfant. Avec Leonardi Spagnuolo, le patron du Piccolo Mondo, Rocco, l’un de ses fils (l’autre, Oliviero était absent ce jour-là), le chef Serge Trojanowski et le pizzaïolo Francesco, il s’est amusé, pour Le Guide des Connaisseurs,  à découper un homard, réaliser une mousseline et enfourner une pizza. 


Et une deuxième pizza! Avec Rocco Spagnuolo
 
Les sandwichs au hachis
 
Jacques Simonet confesse des habitudes alimentaires exécrables : « Je ne prends jamais de petit déjeuner, seulement un verre de jus de pamplemousse et un café. A midi, je ne mange qu’un sandwich… Je vous recommande le rôti de porc sauce rémoulade. Ou des sandwichs au hachis de notre boucher d’Anderlecht. Ça la rend dingue, ma femme. Je resale, je reproivre, et je me fais gronder : « Mais enfin, tu vas attraper le ver solitaire ! » Notez aussi que je ne mange pas spécialement proprement et que je lis les journaux en même temps. Comme je refile ceux-ci à l’échevine des Finances de ma commune, elle peut y lire le menu de la veille : céleri rémoulade, salade de thon, tomates mozzarella. Enfin, pour couronner le tout, il m’arrive régulièrement de sauter le repas du soir. J’ai mes heures : une fois passé 22h, je suis incapable d’avaler quoi que ce soit. »
 
Il se plaît à rappeler les origines plébéiennes de ses grands-parents paternels, des Anderlechtois pure souche qui ne parlaient entre eux que le patois. C’est à ce grand-père qu’il doit son aversion pour les carottes : « C’était un vieux monsieur charmant qui avait l’habitude de m’emmener en promenade au parc Astrid. Un jour, il m’a acheté une glace qui m’a rendu malade. Du coup, ma  mère a décrété que les carottes me feraient le plus grand bien. J’ai dû en manger pendant six mois, sous toutes les formes possibles et imaginables. ça m’en a dégoûté à tout jamais. »
 
Sous-secrétaire d’Etat à la Politique étrangère de Bruxelles-Ouest
 
Chez ses parents, on mangeait une cuisine bourgeoise typiquement belge : des rosbifs, des gigots, des rôtis. Une fois par an, on recevait la famille à l’occasion des fêtes de fin d’année, mais aussi de l’anniversaire de Jacques, qui tombe quelques jours avant Noël. On faisait appel à un traiteur qui avait deux étoiles au Michelin. « Vous voyez comme les temps ont changé. Du temps de mon père, on s’adressait à des restaurateurs étoilés et aujourd’hui, je suis obligé de me rabattre sur le hachis Parmentier de ma femme ! »
 
Plongé dans les affres de l’adolescence, Jacques portait des cheveux longs et était trotskiste – une passade de deux jours, le temps de lire une biographie de Trotsky.- Quand il avouait à son père son désir de faire de la politique, celui-ci lui répondait : « C’est ça, tu deviendras sous-secrétaire d’Etat à la Politique étrangère de Bruxelles-Ouest. »
 
Henri Simonet, transfuge du parti socialiste au parti libéral, était bardé de diplômes et de mandats : bourgmestre d’Anderlecht, ministre à plusieurs reprises et vice-président de la Commission européenne. Aucun domaine de l’art de vivre n’était étranger à cet homme qui donna à sa fille le prénom d’Oriane en hommage à la duchesse de Guermantes. Un grand bourgeois, une sorte de Zwann, cet autre héros de Proust, un bibliophile, un amateur de beaux meubles et de tableaux.
 
Cet épicurien avait des goûts canailles en gastronomie. « A Paris, il aimait aller chez L’Ami Jean, un restaurant basque du 7ème arrondissement. La carte est basée sur des plats traditionnels, des charcuteries et des fromages. Moi-même, mes goûts vont vers la cuisine de brasserie. Franchement, je préfère ça à des plats plus sophistiqués. L’atmosphère est plus agréable. J’aime bien les plats relativement simples. Par exemple, je n’aime pas le caviar. En revanche, j’adore le hachis Parmentier de mon épouse, et je partage avec mon fils une passion non dissimulée pour la purée. »
 
Gauche caviar et droite pommes frites
 
Outre les carottes, Jacques Simonet déteste les choux. Les rouges, ce qui est normal pour un libéral, mais aussi ceux de Bruxelles, ce qui l’est moins pour un Ministre-Président de la Région bruxelloise. Enfant, il ne pouvait pas les voir en peinture. Intraitable, son père le forçait à en manger.
 
En revanche, il cultive une passion pour les frites. On se souvient du jour où on l’a vu surgir un cornet à la main devant les caméras et les flashs. Cette petite mise en scène destinée à se donner une image populaire n’était jouée qu’en partie. Lorsqu’il assiste à un match du Sporting d’Anderlecht, en compagnie de son fils, des frites, il ne manque jamais d’en manger. Avec de la mayonnaise. Très important la mayonnaise ! L’autre jour, loin des caméras, dans l’anonymat d’un Conseil Européen, il a fait des pieds et des mains pour s’en procurer au buffet qui réunissait les ministres à l’heure du déjeuner. Car s’il y a une gauche caviar, il y a aussi une droite pommes frites. Il en fait partie avec son chef de file Louis Michel, qu’il appelle en toute simplicité « mon bon maître ».
 
Il passe chaque année quelques jours en famille sur la Côte d’Opale, et il ne manque jamais d’entrer dans une coopérative de pêcheurs pour faire un festin de fruits de mer. De même, lorsque il est chez ses beaux-parents dans les Fagnes, il mange énormément de jambon fumé. Il a même offert une griffe à jambon à sa belle-mère, c’est tout dire ! Le gendre idéal, un spécialiste de la découpe du jambon !
 
Lorsqu’il était secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, il a pu élargir ses curiosités gastronomiques, non sans rencontrer parfois certaines déconvenues. Un jour en Estonie, un des journalistes qui était du voyage, lui propose de lui faire découvrir un restaurant « typique ». « On s’est retrouvé dans un machin à la Dallas, avec des colonnes grecques et du stuc sur les murs. En fond sonore, des chansons de Demis Roussos. Ne me demandez pas le menu, je me suis empressé de l’oublier. »


La bonne table n'empêche pas l'étude. A l'heure du café, Jacques Simonet, qui ne perd jamais de temps, se plonge dans un dossier.
 
Le cauchemar des macaronis farcis
 
Il garde le même souvenir cuisant de son seul essai de haute cuisine. Ce jour-là, ses beaux-parents, des notables de la région spadoise, recevaient des amis. Jacques avait proposé à sa belle-mère de s’occuper du repas. La consultation de quelques livres de recettes le plongea dans la plus grande perplexité. Ne s’était-il pas avancé un peu vite ? Tel Vatel, le cuisinier de Louis XIV désespéré de manquer de poisson, il songeait déjà à se faire hara-kiri, lorsqu’un sauveur se présenta en la personne du chroniqueur gastronomique de la Libre Belgique. Celui-ci proposait une recette prestigieuse. Il s’agissait de cuire de gros macaronis et de les farcir ensuite de fois gras, de truffes émincées et d’une duxelles, ce hachis de champignons et d’échalotes que l'on fait étuver quelques minutes dans le beurre chaud.
 
L’apprenti chef-coq devait bientôt déchanter. « Quelle galère ! Ça donnait l’impression d’être assez basique, cette recette, mais pour la réaliser, ça devenait de la haute voltige, un vrai travail de bénédictin. J’y ai passé des heures en maudissant la Libre Belgique. Ma femme me disait : « Jette donc cette recette ! », mais je refusais de lâcher prise en lui répondant : « Rien n’est trop beau pour mon beau-père ! » Il est vrai que le jeu en valait la chandelle, car c’était délicieux. Et d’ailleurs ma peine a été récompensée, puisque les invités avaient apporté quelques bouteilles de Haut-Brion. »
 
Il parle avec plus de sérénité des spaghettis bolognaise qu’il lui arrive de préparer pour ses enfants le dimanche soir, dans le but d’éloigner le spectre effrayant du lundi matin : « Souvent, quand un homme cuisine, il fait un désordre pas possible. Je n’échappe pas à la règle. A mon retour, ma femme trouve un peu de tout sur les murs : les grottes de Lascaut, des natures mortes cubistes, des tableaux de Picasso… « 
 
Et il ajoute, fidèle à son goût de la provocation : « Et alors, il ne reste plus à ma femme qu’à faire la vaisselle, pendant que je regarde la télé avec les enfants. » 
 
Marcel Godfroid
Photos Benoît Deprez/GDC
©Le Guide des Connaisseurs 2004
 
Souvenirs, souvenirs...
 
Comment faire plaisir à sa grande sœur

« Ma sœur, qui a quelques années de plus que moi, avait reçu un livre de cuisine intitulé « La grande cuisine des tout petits ». J’ai gardé un souvenir atroce d’une des recettes. Vous preniez une tranche de jambon cuit, si possible un infâme jambon plein d’eau et de reflets irisés. Vous deviez le tartiner d’un petit Gervais préalablement mélangé avec de l’herbe du jardin pour les lapins, puis le rouler. Vous mettiez ça dans le réfrigérateur, et puis vous le sortiez et il fallait avaler ce truc. Voilà ce que j’ai dû ingurgiter pour faire plaisir à ma sœur. Par solidarité, je crois bien que mes parents m’avaient imité. »
 
Des gnocchi pour le Prince Laurent
 
« Un jour, je suis allé en mission en Chine avec le prince Laurent. Ce n’est un secret pour personne que ce dernier adore les pâtes. A Shanghai, nous avons pris d’assaut le restaurant italien de notre hôtel. Et de retour en Belgique, je l’ai invité chez moi avec la princesse Claire. J’avais pensé leur faire du chinois en souvenir de notre voyage, mais réflexion faite, j’ai préféré commander des gnocchi chez Bruneau. »

Le menu préféré de Jacques Simonet
 
Cannellonis à la Ricotta – pour 4 personnes
 
Ingrédients :
400 gr de feuilles de bettes
2 branches de basilic
300 gr de ricotta romaine
1 œuf
25 gr de parmesan râpé
1 pincée de noix de muscade
Sel – poivre
 
Pour la béchamel :
50 gr de beurre
50gr de farine
5 dl de lait
1 pincée noix de muscade – sel – poivre
 
Préparation :
 
Faites cuire les pâtes al dente. Préparez la farce : nettoyez les bettes – gardez la partie verte et faites-les cuire avec un peu d’eau légèrement salée.  Quand elles sont cuites, égouttez-les, essorez bien et hachez finement. Lavez et hachez les feuilles de basilic. Mettez le hachis de bettes dans une terrine et incorporez la ricotta, l’œuf, le parmesan râpé, une pincée de sel, un peu de poivre et une pincée de noix de muscade.
Préparez la béchamel : faites fondre le beurre, ajoutez la farine et, tout en remuant avec une cuillère en bois, faites blondir le mélange.  Versez le lait et tout en remuant faites cuire la préparation pendant 10 min.
Vérifiez l’assaisonnement. Préchauffez le four à 200°. Avec une poche à pâtisserie, farcissez les cannellonis et disposez-les dans un plat beurré. Nappez les cannellonis de béchamel encore chaude, saupoudrez avec une bonne quantité de parmesan râpé. Mettez le plat au four et laissez cuire 20 min.
 
Tagliatelles à la mode de Trente
4 pers.
 
Ingrédients
 
800 gr. de viande de veau
Farine
1 oignon
40 gr de beurre
2 dl de vin blanc sec
2,50 dl de bouillon de viande
1 dl. de crème fraîche épaisse
Sel – poivre
 
Préparation
 
Farinez la viande. Epluchez et hachez l’oignon et faites le blondir dans une cocotte avec le beurre. Ajoutez la viande et faites-la rissoler. Versez le vin et quand il est évaporé, mouillez avec un peu de bouillon. Salez, poivrez, couvrez et laissez cuire à feu doux en ajoutant du bouillon de temps en temps.
A la fin de la cuisson (1h1/2), la sauce doit être dense. Enlevez la viande et gardez-la au chaud le temps de la cuisson des pâtes. Faites cuire les pâtes al dente dans une grande quantité d’eau. Quand les tagliatelles sont cuites, égouttez-les, relevez la sauce avec un peu de sel et versez-y les pâtes. Mélangez, puis transférez dans un plat et garnissez avec les tranches de viande autour des pâtes. Servez aussitôt.
 
Tarte au chocolat
8 pers.

Ingrédients

1 c.à s. de cacao
2 c.à s. sucre en poudre
110 gr de farine
30 gr de beurre
30 gr de margarine allégée
1 jaune d’oeuf
 
Pour la mousse au chocolat :
 
2 c.à c. de gélatine en poudre
1 c.à s. d’eau bouillante
35 gr de chocolat au lait allégé, fondu
2 c.à c. de cacao tamisé
1 c.à s. de Tia Maria
60 ml de crème allégée aigre
60 ml de yaourt nature allégé
2 blancs d’oeufs
1 ½ c.à s. de sucre en poudre
 
Préparation
 
Graissez un moule à tarte. Mélangez la farine, le cacao et le sucre dans un saladier. Incorporez le beurre et la margarine en travaillant avec les doigts jusqu’à ce que la préparation s’émiette. Ajoutez le jaune d’œuf et mélangez jusqu’à obtention d’une pâte. Enveloppez la pâte dans du film étirable. Entreposez-la au réfrigérateur 30 min. et abaissez-la entre 2 feuilles de papier sulfurisé, jusqu’à ce qu’elle soit à la taille du moule. Déposez-la dans le moule et coupez ce qui dépasse.
 
Faites cuire la pâte à blanc 1/4h. Pendant ce temps, préparez la mousse au chocolat. Faites dissoudre la gélatine dans l’eau bouillante en remuant bien, puis ajoutez le chocolat, le cacao et le Tia Maria, la crème aigre et le yaourt.
 
Fouettez les bancs d’œufs en neige ferme. Ajoutez progressivement le sucre en poudre sans cesser de battre. Incorporez délicatement les blancs en neige au mélange à base de chocolat. Versez le tout sur le fond de tarte. Entreposez 1h au réfrigérateur jusqu’à ce que la mousse soit ferme.
 
 
 
                    





Cet article provient de 'Le Guide des Connaisseurs'
http://www.leguidedesconnaisseurs.be

L'URL de cet article est:
http://www.leguidedesconnaisseurs.be/article1839.html