L’humoriste François Pirette fait une rentrée fracassante à Charleroi
Sujet: A b?tons rompus

    
Photo GDC/Catherine Linkens

Il fait un tabac sur scène, comme d’habitude. Au point que La Comédie Centrale, à Charleroi, où il se produit, prolonge son spectacle de quelques jours. Ne manquez pas d’aller y rire aux trouvailles de  «La rentrée» de François Pirette, notre plus savoureux humoriste, (jusqu’au 23 septembre, 33, rue du Grand Central, 6000 Charleroi, 071/ 30 50 30. http://www.comediecentrale.com. Pour info, du 27 septembre au 14 octobre, sur la même scène, Bérénice et Jean-Michel Zecca, animateurs vedettes de RTL, interpréteront «Ils s’aiment» de Muriel Robin et Pierre Palmade).
François Pirette sera sur la scène du Théâtre du Gymnase, à Paris, dès le 18 octobre.  
Rencontre avec un homme de goût, d’humour et de passion.

    

A Jemappes, comme Adamo
 
En ce début des années soixante, la petite ville minière de Jemappes ne sait pas encore qu’elle accueille un nouveau citoyen promu à une belle destinée populaire. Un nouveau mais surtout «un autre» pourrait-on dire, car c’est aussi ici que l’un de nos plus célèbres chanteurs demeure. Salvatore Adamo n’est autre, en effet, qu’un voisin des parents non pas du petit François Pirette mais bien de Thierry Van Cauberg, le vrai nom du futur plus grand humoriste belge actuel. C’est ainsi que depuis des lustres, il est de coutume ici de dire «on ne peut rien faire ou dire à Jemappes sans ajouter «comme Adamo». Avant la lettre, François Pirette, comme Adamo donc, sera étiqueté «people» dans son Borinage natal puis très vite partout dans le pays. Quelques années passeront forgeant l’étudiant, d’abord, grâce à des enseignants («qui m’apporteront la chance de me rendre curieux», dira-t-il) ; forgeant l’homme, ensuite, en antimilitariste, par exemple, qui évitera l’armée en étudiant davantage - la pub notamment - avec pour professeur le producteur de la RTBF Jean-Loup Viseur. Ce dernier, à son tour, participera à la formation de l’artiste en le faisant entrer à la RTBF comme standardiste brièvement, avant de lui proposer une émission radio le dimanche matin. Avec Thierry devenant quelques mois plus tard François Pirette, l’heure ne sera plus jamais sur les ondes, au prêche ou au recueillement mais bien à la bonne humeur et au rire ravageur. 

François Pirette humoriste hors frontières

 

Toute la Belgique connaît désormais son humour débordant lorsqu’en 1994, un certain Laurent Ruquier lui propose tout simplement de rejoindre l’équipe de «Rien à cirer» sur France 2 ! Rien à cirer peut-être mais tout à gagner tout de même ! Jamais plus le succès ne le quittera ni les consécrations d’ailleurs qui seront nombreuses et tous azimuts (Vidéo d’Or, meilleurs spectacles d’humour, pièces de théâtre, recordman d’audience, de fréquentation de salle, etc).

Qualité de vie oui, mais à la campagne
 
Un mariage - et non pas trois enterrements mais un divorce et plein de spectacles plus tard -notre homme décide de s’installer en Touraine. Adieu pollution et embouteillages urbains, c’est dans une ferme - constamment en travaux, dit-il - qu’il vit aujourd’hui avec sa compagne et ses trois filles. Avec aussi une flopée d’animaux semblant transformer son habitation en arche de Noé. A la question pourquoi La Touraine, il répond alors tout simplement parce que le hasard, et surtout sa compagne, l’ont amené, en week-end, chez des amis de là-bas. Le charme des environs, la qualité de vie que l’on y trouve, le calme de l’anonymat, auront fait le reste.
 «Il y a une dizaine d’années, l’immobilier était nettement moins cher là-bas qu’à Paris ou à Bruxelles. Cela m’a permis d’avoir une habitation nettement plus grande, plus confortable, plus agréable à vivre. Et puis, là, à deux pas du Berry, nous avons l’espace pour accueillir tous nos animaux. Nous vivons d’ailleurs dans une ferme et une ferme il faut l’animer, la peupler. Nous avons une vingtaine de moutons, chèvre, cochon, chien, volaille, canard, oie, paon, lapin et même un raton laveur que j’ai élevé au biberon». 
                                                            

Photos GDC/Catherine Linkens

Des animaux que vous passez à la casserole ?

Jamais de la vie ! La responsabilité du «vivant», du plus petit, du fragile, est trop importante à mes yeux. Je l’enseigne à mes filles comme le fait que l’on ne se comporte pas de la même façon avec un âne et avec un poussin».
 
Quelle est votre façon de vous alimenter, de trouver votre équilibre de vie ? Etes-vous épicurien ?

«Il y a tellement de façons d’être épicurien. La première, à mes yeux, est celle qui permet de partager. Le plaisir des bonnes choses n’est pas envisageable seul, quel qu’il soit. Il doit être partagé, comme un bon repas. Etre épicurien, pour moi, c’est me retrouver avec quelqu’un que j’apprécie. J’essaie d’avoir un comportement qui me permet d’assumer mes plaisirs de la table, notamment. Je préfère un bon plat, d’excellente qualité que je mériterai en faisant du vélo pour m’équilibrer ensuite. Le vélo, je le fais chez moi et non pas à l’extérieur, pour pouvoir en même temps regarder, sur mon Macintosh portable, un film ou une série télé que j’aurais ratés. Je peux lire aussi en faisant du vélo sur place. Ainsi je fais du sport, j’équilibre ma ligne et je rattrape tous les films ou les livres que je n’ai pas encore eu le temps de voir ou de lire. En revanche, si je suis en vacances, comme en Italie dernièrement, je peux prendre 15 kg en 4 semaines! Difficile les perdre ensuite, mais la table y est tellement excellente! Enfin, 15, c’est beaucoup, peut-être n’était-ce que 5 ou 6 mais toujours trop de toute façon !»
 
Cuisinez-vous ? Vin de Loire ou pâtes italiennes ?

«J’aime beaucoup cuisiner. Des plats régionaux, de la cuisine méditerranéenne, italienne plus particulièrement. Mes filles préfèrent mes pâtes, comme mes copains. Nous sommes parfois des tablées de 10 ou 12 potes à la maison et je cuisine pour tout le monde.
Quant au vin, j’adore les bons crus et je dois à deux ou trois amis de RTL, de vrais œnologues, de m’avoir fait découvrir de très bons vins de France mais aussi du monde, d’Italie et d’ailleurs. Cela dit, en Loire, les Français ne connaissent que leurs vins locaux. Ils ne sont pas ouverts sur le reste du monde et je vous défie de trouver un petit resto où l’on sert un vin italien, voire un vin d’une autre région de France. Il leur faudra encore beaucoup de temps pour s’ouvrir à ces découvertes !
 
Caméléon, Pirette ?

Jonglant avec les traditions et les convenances des uns et des autres, s’adaptant aux habitudes d’une région ou d’un pays à l’autre, François Pirette est un vrai caméléon et ça lui va tout aussi bien. Et quand il avoue son goût pour la sobriété ou le raffinement de l’art contemporain italien, ce n’est que pour déplorer de n’avoir pas davantage de moyens pour en meubler totalement toute sa fermette. Là où le contemporain semble merveilleusement côtoyer la vieille brique ; là où les tablées de copains festoyant et dégustant mets et crus méditerranéens semblent légion. Là encore où la vie publique s’éclipse sur la pointe des pieds pour mieux laisser place à la famille, aux siens qu’il préserve jalousement et qui, jamais ne doivent pâtir de son métier d’homme public, de personnage populaire.
Un artiste emblématique, plus esthète qu’il n’y paraît, un humoriste pertinent plus dénonciateur que certains ne le voudraient, une personnalité plus attachante que jamais et que plus souvent, on aimerait revoir autour d’un bon Montepulciano ou d’une pasta tout ce qu’il y a de mieux al dente ! Mais comme qui va piano va sano…. Patience et longueur de temps, feront le reste.
 
Joëlle Rochette




En savoir plus…

 
Doc. Comédie Centrale
 
François Pirette, que serviriez-vous à :
 
Votre meilleur ami ?
Mon meilleur plat de pâtes avec une bonne bouteille d’un excellent cru italien.
 
Votre pire ennemi ?
Des abats, de la triperie car, moi, j’ai un peu de mal avec cela !
Les andouillettes je ne peux pas, le foie de veau et les rognons, c’est une question de parfum, si vous voyez ce que je veux dire !
 
Pour séduire ?
Une cuisine méditerranéenne, car elle est synonyme de vacances, moment où l’on est détendu et que l’on n’est plus sur ses gardes. C’est une cuisine de couleurs et de soleil.
 
François Pirette, qu’est-ce qui vous pollue la vie ?
 
Beaucoup de choses mais plutôt de l’ordre de l’idéologique.
La bêtise ordinaire, l’égoïsme, le manque d’altruisme, le manque de respect des autres.
Par exemple, les gsm qui sonnent pendant les spectacles. Il y a même des gens qui décrochent et qui parlent dans leur gsm pendant que je suis sur scène ! Cela pollue mon plaisir de jouer. Quand ce n’est pas, au cinéma par exemple, les odeurs de frites, de chips, la crasse que l’on laisse après.
Et puis, je suis fâché par la lâcheté idéologique ambiante. Déçu par la résignation politique, le manque de conscience politique des gens, non pas des politiciens, eux ils sont payés, c’est leur boulot mais des gens en général. Les «après tout» qui se résignent. Il n’y a plus de révolte. Alors que l’on me reproche mes engagements ou mes prises de position dans mes spectacles.
Je reçois parfois des mails de gens outrés par mes propos. Ils pensent que mon seul contrat est de les divertir, pas de les bousculer.
Mais on ne peut pas plaire à tout le monde … Ce qui me dérange car, moi, j’aimerais plaire à tout le monde, mais sans compromis ! Cela dit, la première personne à qui l’on doit plaire, c’est soi-même. Je dois donc d’abord me plaire à moi-même mais il faut toujours rester intègre.


 
        





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