1942. Léon Daudet, écrivain, polémiste, et surtout gourmand
Sujet: Le Petit Journal

Les « Souvenirs » de Léon Daudet, c’est quelque chose ! Savoureux en diable, écrits avec entrain, on ne se lasse pas de les savourer même si les excès du polémiste irritent parfois.
Mais le gastronome retient aussi l’attention.
- Je suis, dira-t-il, un des premiers à avoir soutenu, par le journal et par le livre, que la meilleure thérapeutique, c’est celle de l’alimentation.
Son père, l’écrivain Alphonse Daudet et Mistral, lui avaient vivement conseillé, à la fin de ses études médicales, de présenter une thèse sur les vertus du catigot d’anguilles, plat du Rhône, qui est composé de rondelles d’anguilles, d’oignons, de lard, alternées sur une broche, grillées à feu vif, avec arrosage d’un coulis d’ail et de tomates. Ce catigot, selon lui, guérissait - à condition que l’ail fût « piquant » - presque toutes les maladies infectieuses.
« Parfois je revois en rêve ma thèse imprimée, avec ce titre en caractères gras : « DU CATIGOT ET DE SES VERTUS. » Mais j’eusse été sûrement recalé par cet extraordinaire et solennel abruti, qu’on appelait le professeur Bouchard, ennemi du vin, considéré par lui comme le pire des poisons, et qui avait inventé cette affaire abracadabrante : les maladies « par ralentissement de la nutrition. »
Léon Daudet parsemait ses écrits de réflexions sur la cuisine et la gastronomie.
En voici quelques-unes.
- L’eau, triste dans le verre, est sinistre dans le plat.
- Le vin allume et prolonge le goût.
- Il n’est de bonne cuisine que simple.
- Une cuisine excellente est la condition de la santé et la porte de la guérison.
- L’art classique, en cuisine comme ailleurs, ne saurait être dépassé.
- Rien de trop ! La satiété est l’ennemie de la véritable gourmandise et il serait fâcheux qu’un excellent déjeuner nous gâtat la perspective enchanteresse du dîner suivant.
- La table, du pain au vin, fait partie de la culture et de la civilisation générales, au même titre et plus profondément peut-être que la musique – même et surtout symphonique – qui va d’accord avec une certaine barbarie. Alors que le BEAU symphonique est complexe et incertain et éveille en nous des régions troubles, le BON culinaire est apparenté au bon sens. Il n’y a pas, il ne saurait y avoir de dérèglement, ni de romantisme, ni de wagnérisme gastronomique.
- Toute véritable improvisation – surtout en cuisine – exige une méditation préalable.
L’écrivain donnait aussi ces conseils :
- Ne jamais accepter à dîner chez des personnes qu’on ne connaît pas CULINAIREMENT.
- Ne jamais se soumettre à un régime QUEL QU’IL SOIT.
Léon Daudet , entre deux articles politiques, littéraires ou philosophiques, avait livré un jour à ses lecteurs une ordonnance de son cru pour guérir la grippe commune.
1. Se coucher. Chaleur douce. Boule aux pieds. Lecture saine.
2. Le matin au déjeuner : aïoli. Au dîner : bouillabaisse légère. Vin : Châteauneuf-du-
Pape. Un verre d’eau de Vichy à part.
Second jour : au déjeuner : bourride. Au dîner : soupe à l’ail. Vin : idem. Eau : idem, à part.
Troisième jour : matin et soir : pot-au-feu, légumes à volonté. Abatis. Vin : beaujolais  ou bourgueil, ou bordeaux SANS EAU.
Nota : la bouillabaisse peut être remplacée par une douzaine ou deux d’huîtres portugaises ou de « claires », ou (si vous avez de la « livre »), de belons. Dans ce cas, chablis à volonté.
Le quatrième jour, si vous n’êtes pas guéri, mangez à déjeuner hardiment une côtelette arrosée d’un petit bordeaux rouge et, si vous êtes guéri, mangez-en deux. Le soir, buvez votre bouteille de champagne entière à la santé de Brillat-Savarin. Ne vous levez que le cinquième jour. Le lit, comme la table, est souverain contre la grippe. Il n’est pas d’exemple qu’une grippe ait résisté à ce traitement rationnel. En outre, il offre cet avantage qu’il fait de la grippe un plaisir.
Léon Daudet nous a quitté en 1942.
    







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