Aux innocents la bouche pleine
Sujet: Des livres ? manger

C’est le titre du dernier livre de François Simon, chroniqueur gastronomique du « Figaro », et dont personne n’a jamais vu le visage sur une photo. Il se dissimule derrière une assiette. Il aime aller incognito dans les restaurants, n’hésite pas à critiquer les plus grands, les prix abusifs, et ses articles sont toujours pure littérature. Depuis des années, il traque « les simulacres, les copies, les fausses terrines, les simili-frites, les légumes désobligeants, les pains passifs, les vins fermés. »

Exemple chez Alain Passard, un des « trois étoiles » de Paris : « Mais une assiette de pommes de terre délicatement fumées au bois de hêtres (42 euros), fussent-elles belles de Fontenay, ou un turbot de Bretagne et trois carottes à 100 euros, c’est un peu carabiné. Je ne parle pas de la carte des vins dont c’est devenu un lieu commun de dire que les tarifs sont ahurissants. Ni les tablées régulièrement inconfortables. » Hélène Darroze, trois étoiles aussi, n’échappe pas à sa critique : « Quant à la nommer chef de l’année, cela appartient aux songes ubuesques d’une gastronomie perdue dans son onanisme déliquescent. » Allard, qui fut le bistrot de haute qualité à la mode, n’est plus non plus ce qu’il était. Lisons François Simon : « L’assiette traînaille, les mains dans les poches, le mégot au bec. Prenez ce poulet rôti pour deux personnes (55 euros) qui devrait en quelques tours de broche enchanter les cœurs les plus simples. Pfut ! C’est une misère. Il est rôti à la va-comme-j’te-pousse (les ailerons sont noircis et donnent un goût méchant au plat), les pommes de terre ne rissolent pas, la mâche est asthénique et mate de sécheresse, la découpe est cafardeuse (un petit massacre à la tronçonneuse) et, bien entendu, dans l’implacable logique des choses, le service est de la même humeur (…) Au bout d’un moment, on observe rigolard (mais sincèrement navré) le jeu parfois sot de cette restauration parisienne qui se croit encore championne du monde. »

Le fameux canard à la presse de La Tour d’Argent ? «Une assiette si peu sexy». Le restaurant de Guy Savoy ? « Les grandes tables, c’est bien quand c’est vraiment grand. Sinon, c’est un peu triste. »

Qu’on se rassure, l’auteur d’Aux innocents la bouche pleine a aussi ses lauréats. Son livre est un des meilleurs. Il est aussi réjouissant que nourrissant (Ed. Robert Laffont – 20,35 euros).









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