Baisse de la TVA en Belgique. Les restaurateurs réagissent
Sujet: Les indiscr?tions

Patrick Libert, propriétaire, avec son chef Philippo Santangelo, du restaurant Pouic-Pouic à Chapelle-Lez-Herlaimont se prononce sur la future baisse de la TVA en Belgique. Ce texte figure également sur son site www.pouic-pouic.be

 

A partir du 1er janvier 2010, le taux de TVA qui était de 21% sur les repas et boissons dans les restaurants sera ramené à 12% mais uniquement pour les repas, donc les solides!

En toute logique, pour vous et nous consommateurs que nous sommes, les prix des mets devraient normalement baisser.

Un simple exemple. Un menu proposé à 30 € TVAC 21% est donc de 24,79 € HTVA (30 € : 121 x 100). La TVA était donc de 5,21 € (30 € : 121 x 21).

Avec la TVA ramenée à 12%, ce même menu HTVA à 24,79 € ajouté du nouveau taux de 12% de TVA, devrait vous être proposé à  27,76 € TVAC (au lieu de 30 €).  

Soit un gain pour le consommateur de 2,24 €.

Comme le Ministre Reynders l’a déclaré,  il n’y aura pas de baisse de prix, le but étant de régulariser la situation sociale des travailleurs de l’Horeca et créer de nombreux nouveaux emplois, ce dont nous doutons!

En ce qui nous concerne, tous nos travailleurs sont déclarés comme il se doit en fonction de leur statut et des horaires qu’ils prestent.

Nous occupons 5 travailleurs temps plein - Cuisine et salle, 2 travailleurs tiers-temps - Plonge et entretien, 2 indépendants que nous sommes le chef et moi.

Sans se voiler la face, il faut bien avouer que bien souvent il est difficile d’assumer les charges qui tournent autour des salaires et qui représentent en moyenne plus de 140% de celui-ci net indiqué sur la fiche de paie de chacun des travailleurs à temps plein et qui méritent pleinement leur argent…, mais le système social en Belgique est un des plus aisés et compliqués au monde, il faut bien le dire!

(Exemple : un salaire net de 1.400,00 € pour un travailleur temps plein, nous coûte 1.960,00 € de charges en sus, en ce compris la prime de fin d’année, les congés payés, les assurances accidents du travail, la gestion sociale, la médecine du travail, le précompte professionnel, les retenues sociales, etc.  Le total est simple : 3.360,00 € pour un mois, sans compter que le travailleur lui aussi devra sans doute encore payer des impôts sur ces revenus nets! C’est la Belgique… Il en va de même dans tous les secteurs.)

Outre les salaires, les frais de fonctionnement d'un restaurant digne de ce nom sont très lourds...

Ce dont nous sommes certains par contre, c’est qu’il y aura un peu moins de contentieux à la TVA!

Et il est vrai, espérons-le, que certains restaurateurs se remettront en question.

Enfin, pour nous rien ne changera, nous sommes en situation régulière, il s’agira d’un petit bol d’air bien nécessaire.

 

L’avis du restaurant «Léon»

 

Et voici l’opinion de  Rudy Vanlancker, administrateur délégué du restaurant Léon à Bruxelles-Ville.  

 

« Nous avons accueilli avec enthousiasme la «demi-mesure» prise par le gouvernement en faveur d’une baisse de la TVA dans le secteur Horeca. Voici maintenant près de 10 ans que ce secteur «sinistré», et touché de plein fouet par la crise de ces 15 derniers mois, attendait cette mesure. Forte de ses 85 membres de personnel, employés à temps plein sur le seul site de la rue des Bouchers, la Friture Léon a investi ces 30 dernières années sur son personnel et démontré avec l’aide des Syndicats (Léon est le seul restaurant de Belgique à avoir un Conseil d’Entreprise et un Comité de Sécurité et Hygiène) qu’il était possible pour un restaurateur de dégager des marges tout en déclarant son personnel à temps plein. 

Mais pour que cette équation tienne la route, il faut arriver à un certain seuil de chiffre d’affaires bien au-delà de ce que la grande majorité des restaurants du pays peuvent réaliser.

Ce «coup de fourchette» dans le secteur va permettre enfin  de prouver que notre théorie est crédible. Il faut en effet quitter le cercle vicieux qui fait qu’un taux de 21% de TVA. dans un restaurant moyen est insupportable, et dès lors contraint le restaurateur, d’une manière ou d’une autre, à trouver des solutions alternatives nécessaires à sa survie.»

Rudy Vanlancker table sur le fait que cette mesure va faire entrer l’Horeca dans un «cercle vertueux» avec une TVA à 12% dans un premier temps, en espérant 6% en 2011… «Moins de taxes, moins de fraude…» Pour autant que la fréquentation du restaurant augmente, ces marges ainsi dégagées pour Léon favoriseront en outre l’embauche de plusieurs membres du personnel supplémentaires dès 2010, et permettront des investissements exceptionnels pour tenter d’obtenir, par exemple un agrément ISO 22000.

«Si le secteur joue le jeu, ceci va permettre sans aucun doute pour certains restaurateurs de créer de l’emploi, pour d’autres de réinvestir dans du matériel ou dans leur fonds de commerce, d’éviter le dépôt de bilan, ou encore de baisser les prix. »

C’est cette dernière option que Rudy Vanlancker a décidé de prendre. Dès lors, estime-t-il, il est tout à fait normal que les marges dégagées par cette mesure le soient au profit intégral de sa clientèle, en remerciement de sa fidélité depuis tant d’années.

Afin de montrer une totale transparence, Chez Léon, en plus d’anticiper la baisse de TVA, affichera sur l’addition (menus et prix restants inchangés) la remise équivalente à cette baisse.









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