Bernard de Nonancourt, un grand nom du champagne, disparaît
Sujet: Magnum

Bernard de Nonancourt, Président Fondateur du Groupe des Champagnes Laurent-Perrier, de Castellane, Salon et Delamotte vient de mourir à l’âge de 90 ans. Après avoir servi dans la résistance aux côtés de l’Abbé Pierre, puis dans la 2ème DB du Général Leclerc, il avait pris, en 1949, les rênes de Laurent‑Perrier à la demande de sa mère Marie‑Louise de  Nonancourt.
Pendant plus de 50 ans, il s’était attaché à faire de Laurent-Perrier une des grandes Maisons de la Champagne. Il avait assis le développement de sa Maison sur des relations fortes avec le vignoble champenois. Son savoir-faire ancré dans la tradition, son indépendance d’esprit et son côté visionnaire lui avaient permis de créer des vins devenus des références.
Depuis plusieurs années, Bernard de Nonancourt avait préparé sa succession. Il avait transmis à ses filles Alexandra et Stéphanie, entrées respectivement dans la Maison en 1987 et 1995 et aujourd’hui membres du Directoire, un Groupe international, plein d’avenir et exclusivement dédié au champagne.
           
Les trésors de guerre
 
Dans notre magazine Le Guide des Connaisseurs, Jacques Kother avait raconté, il y a quatre ans, comment les vignerons français avaient sauvé leurs bouteilles des nazis et ce que Bernard de Nonancourt avait découvert dans les caves de Hitler.
«Comment les vignerons français (pas tous !) ont-ils sauvé leurs trésors des nazis ? C’est la question posée dans l’excellent et passionnant ouvrage de Don et Petie Kladstrup, «La Guerre et le Vin», paru en 2002 aux Editions Perrin et récemment réédité dans la collection de poche Tempus (9,30 euros).
Tout commence – ou tout finit – quand les soldats français font sauter la lourde porte en acier des caves de Hitler à Berchtesgaden.
Parmi ces militaires, un sergent de 25 ans, le champenois Bernard de Nonancourt.
Il fut le premier à se glisser à l’intérieur.
Et il n’en crut pas ses yeux.
Il découvrit un trésor d’un demi-million de bouteilles des vins les plus fameux, Lafite-Rothschild, Mouton-Rothschild, Latour, Yquem, Romanée-Conti, des centaines de caisses de champagne Salon 1928, des cognacs et des portos du XIXe siècle.
Les auteurs ont parcouru les vignobles pendant quatre ans pour reconstituer cette époque et les pillages des nazis, tant qu’il en était encore temps, avant que les souvenirs s’estompent et disparaissent.
On y apprend comment certains vignerons ont réussi à cacher leurs vins, comment certains ne vendaient aux Allemands que de la piquette, prétextaient qu’ils manquaient de bouchons,  ou de bouteilles.
Il y eut des exceptions.
Ainsi, le célèbre négociant bordelais Louis Eschenaeur, accusé de collaboration avec l’ennemi, fut-il condamné après la guerre à deux ans de prison, à la confiscation de tous ses biens et à plus de 62 millions de francs d’amende.
«Ses gains amassés sous l’occupation étaient estimés à 957 millions de francs, ce qu’il ne contesta pas. Il fut interdit de commerce à Bordeaux et privé de ses droits civiques.»
En 1951, De Gaulle, désireux de tourner la page, fit adopter une loi d’amnistie qui permit à nombre d’entrepreneurs de retourner à leurs affaires.
Louis Eschenauer se retira dans son château de Camponac, à Pessac, où il passa le reste de ses jours et mourut en 1958.
En 1992, Florence Mothe avait déjà raconté en détail cette affaire dans un livre intitulé «Toutes hontes bues» (Albin Michel).
Elle avait eu raison de le faire.
Mais certains Bordelais n’avaient pas apprécié ce coup de projecteur sur un passé condamnable. On est parfois frileux à Bordeaux…»








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