XIXe siècle. Sous le Consulat et l’Empire
Sujet: Le Petit Journal

Savez-vous comment je vivais ? disait Napoléon, en parlant de ses débuts, c’était en ne mettant jamais les pieds ni au café ni dans la monde, c’était en mangeant du pain sec, en brossant mes habits moi-même, afin qu’ils durassent plus longtemps propres.
Au vrai, Napoléon fut toujours un frugal. Quand, devenu consul, il entre au palais du Luxembourg, il demande qu’on lui prépare le dîner qu’il affectionne par-dessus tout : deux œufs sur le plat, des haricots et de la salade, avec, pour terminer, un morceau de fromage de Parmesan. Il avale en un quart d’heure des dîners sans complication et sans recherche. Cette négligence explique les maux d’estomac et le cancer du foie…
Après son mariage avec Marie-Louise, l’empereur consent à rester à table quelques minutes de plus.
Sire, vous êtes devenu moins expéditif à table, constate le comte Roederer.
C’est déjà la corruption du pouvoir!
Mais il n’aura jamais le culte de la bonne chère et ses réticences feront fuir les cuisiniers. Onze chefs - et parmi eux le brillant Laguipière qui mourra lors de la retraite de Russie-
se succéderont en dix ans à la tête de ses fourneaux. Ces artistes préféraient réserver leurs talents à de véritables connaisseurs comme Talleyrand ou Cambacérès. Pourtant, une victoire impériale résonnera longtemps encore dans le cœur des gourmands, celle de Marengo.
 
(Jacques Kother. Extrait de son livre «La Mémoire du Ventre», 1964, chez Pierre De Meyere. Grand Prix International de Chronique gastronomique).








Cet article provient de 'Le Guide des Connaisseurs'
http://www.leguidedesconnaisseurs.be

L'URL de cet article est:
http://www.leguidedesconnaisseurs.be/article3076.html