XIXè siècle. Les repas farfelus de Victor Hugo
Sujet: Le Petit Journal

L’écrivain Hoffman ne fait que traduire un sentiment général en déclarant :
- Un bon livre de cuisine est un bon morceau de littérature.
Même Victor Hugo, qui est un goinfre et mélange sur son assiette les différents plats sucrés ou salés pour bien montrer que son génie se charge de faire le tri, n’hésite pas à imaginer des repas étonnants et excentriques. La sculpturale Judith Gautier n’ayant pu accepter une de ses invitations, le poète lui écrit immédiatement :
Si vous étiez venue, ô beauté que j’admire
Nous aurions fait ensemble un repas sans rival
J’aurais tué Pégasse et je l’aurais fait cuire
Pour que vous dégustiez une aile de cheval.
Mais Hugo, qui ne recule devant aucun détail, avoue aussi parfois :
Mon dîner me travaille et même me harcèle
J’ai mangé du cheval et je songe…à la selle.
La cuisine n’est cependant pas toujours affaire de littérateurs et de poètes. Le compositeur Rossini a, comme Berlioz, une solide réputation de gourmand. Il reçoit beaucoup rue de la Chaussée-D’Antin, mais certains invités trouvent le buffet un peu… maigre. On apprendra plus tard que c’est pour une noble raison. Il veut laisser quatre millions pour fonder un asile de retraite destiné aux artistes lyriques tombés dans la misère. Mais, alors, on lui reproche son sens de l’économie.
- Allez, venez, fumez, dit-il à ses amis, faites comme si vous étiez au café…
Et on entend la voix de cet enfant terrible d’Aurélien Scholl :
- Si c’est un café, faites-nous donc servir quelque chose!
 
© Jacques Kother, «La Mémoire du Ventre» 








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