Pierre Perret : «J’ai appris très tôt à être gourmand»
Sujet: A b?tons rompus


Photo Eric Robert

A presque 80 ans, Pierre Perret se repose rarement. Il a à son actif plus de 432 chansons et une quinzaine de livres. Aujourd’hui, il sort le coffret compilation «L’âge de Pierre», l’album BD «Chansons pour enfants de 5 à 95 ans» et un nouvel album «Drôle de poésie». Pierrot est une légende de la chanson française mais il est aussi réputé pour son amour de la gastronomie. Entre deux répétitions, nous avons rencontré cet homme passionné. «Je suis prêt à passer à la casserole», dit-il avec un grand sourire.
 
Aimez-vous la cuisine belge ?
Les Belges sont connus pour être gastronomes et gourmands. Moi j’ai mangé de très bons plats en Belgique, surtout à une époque où je devais faire moins attention qu’aujourd’hui. Je trouve qu’il y a une vraie joie de manger chez vous. Je suis sûr que la bonne humeur et le bon caractère des belges viennent en grande partie de leur amour pour une pinte de bière, un mets de qualité.
 
D’où vient cet amour de la bonne chère ?
Ma mère était une cuisinière hors pair. J’ai appris très tôt à être gourmand grâce à ses préparations. Elles étaient goûteuses et pas roboratives. Elle avait le talent d’exacerber les goûts d’un plat.
 
Quelle est votre madeleine de Proust, le plat de votre enfance ?
Le tout premier, et que je fais encore aujourd’hui, c’est le lapin aux oignons et aux câpres. Vous goûtez ça et vous ne pouvez plus le manger différemment après ! A condition, bien sûr, d’aimer le lapin. Mais c’est un plat qui m’a toujours émerveillé les papilles.
 
Est-ce que sans être chef de cuisine, vous prenez plaisir à cuisiner chez vous ?
Bien sûr ! D’ailleurs j’ai écrit trois livres de cuisine dont deux best-sellers. J’ai réalisé toutes les recettes moi-même. Si je ne faisais pas la cuisine chez moi, je ne sais pas où je la ferais.
 
Et vous essayez de transmettre cette passion ?
Oui. C’est pour ça que j’ai écrit des livres. Des gens me disent à la fin de mes concerts : «J’ai fait votre blanquette».  Je trouve ça génial !
 
Est-ce que vous êtes bio ?
Complètement ! J’ai conscience que c’est une alimentation qui coûte plus cher, mais ceux qui ont les moyens de manger bio doivent le faire. C’est une manière de prolonger sa vie et de manger plus sainement. Chez moi, je ne traite rien dans mon jardin. J’utilise comme engrais des fientes de poulet mélangées avec des orties mijotées que je fais pourrir. Je mets ce mélange au pied de mes tomates et il n’y a jamais une bête qui vient dessus. Le goût est là et le poison n’y est pas.
 
Vous passez donc beaucoup de temps dans votre jardin ?
J’achète peu de choses… J’ai un verger et un potager. La plupart des choses que je mange viennent de mon jardin. J’habite en pleine campagne et je n’ai même pas de voisins. Avoir ses propres salades, haricots, mirabelles… des fruits qui n’ont pas subi vingt-huit traitements, c’est le pied !
 
A vous entendre, c’est la cuisine française du terroir qui vous fait vibrer…
Non, il y a les bons produits et les autres. Les autres, c’est la merde qu’on vous vend les trois-quarts du temps. Vous savez, une pomme achetée en grande surface a reçu soixante traitements. Il n’y a pas les produits du terroir et puis le reste. Tout vient du terroir ou de la mer, mais il suffit de savoir si c’est bon ou si c’est de la merde.
 
Pierre Perret, si je vous dis cuisine réinventée, vous me dites…
La cuisine est perpétuellement réinventée. Il faut qu’elle évolue. Dans mon enfance, on sortait de la guerre, je ne savais pas ce qu’était une goutte d’huile tellement les Allemands prenaient tout. Donc, après la guerre, on a mis de l’huile et du saindoux, on farinait les plats. Les gens qui travaillaient dans les champs devaient manger des mets consistants pour pouvoir tenir le coup. La cuisine a considérablement changé depuis cette époque-là. On a les trente-cinq heures, ce ne sont plus les mêmes besoins.
 
Est-ce que vous accordez la même place à votre jardin et à l’alimentation qu’à la musique ?
Certainement. C’est vraiment complémentaire. J’ai bientôt 80 balais et je fais encore des concerts de deux heures. Je bosse comme un fou, sûrement deux fois plus qu’un type qui a la moitié de mon âge. Je ne me vante pas, mais tout ça s’explique… Ca fait des tas d’années que je me nourris bien et que je fais attention.  
 
Si vous m’invitez à manger ce soir, vous préparez quoi?
D’abord je vous demanderais ce que vous aimez… Si vous êtes plutôt poisson, volaille,… Ce n’est rien, la cuisine, l’important c’est la matière première et la cuisson. Si les produits sont bons, il n’y a même pas besoin de sauce. Un filet d’huile d’olive, du sel et du poivre suffisent largement.
 
Est-ce que vous êtes sucré ?
Le peu que je sucre, c’est le matin dans le café et un peu de miel.
 
Pas de dessert alors ?
Pas systématiquement, non. J’aime assez les fruits, les choses naturelles.
 
Pour accompagner tout ça, vous êtes plutôt : eau, vin ou bière ?
 En journée, je bois de l’eau. J’aime beaucoup le vin. 
 
Vous êtes amateur ?
Oui, j’aime ceux avec un peu de tanin, comme le Bordeaux, c’est bon pour la santé. Puis des vins légers qui ont cinq-six ans. Et surtout, pas plus d’un ou deux verres.
 
LA bonne adresse de Pierre Perret ?
Je vais la plupart du temps dans des restaurants authentiques et de moins en moins élaborés. L’Opportun à Paris a des produits très sincères ou au Père Claude. Dans une autre gamme de prix, il y a bien sûr Joël Robuchon.
 
Nicolas Gaspard

Photo Eric Robert


L’Opportun, 62 Boulevard Edgar Quinet à Paris
Le Père Claude, 51 Avenue de la Motte-Picquet à Paris
Robuchon, 5 Rue Montalembert, 75007 Paris








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