Lettre aux Valentine qui cherchent un Valentin
Sujet: L'amour en t?te

«La bouche, a dit Curnonsky, le prince des gastronomes, ne sert pas seulement à manger, elle sert aussi à goûter, et tous les grands amants sont aussi de grands gourmands». 

Voilà une précieuse révélation. Vous savez donc maintenant, Mesdemoiselles, vers quelle catégorie d’hommes porter votre intérêt. 
Fuyez les ascètes, les frigides de l’estomac, les chipoteurs d’assiettes, les sclérosés des papilles! 
Leur science amoureuse est sûrement sur la même longueur d’ondes que leur impuissance alimentaire. 
Parions qu’ils sont prudes et austères et que leur libido doit déclarer forfait à la première alerte. 

Si, malgré cette mise en garde, vous éprouvez pour eux de la sympathie, n’oubliez jamais l’étymologie de ce mot: sympathie vient de “sun pathein”, souffrir avec. Quand les feux de l’amour ne seront plus que des tisons, vous aurez une pensée émue pour les Grecs. 

Au début, votre sobre amoureux vous regardera lécher votre cuillère de crème double et tremper votre pain dans la sauce Choron de votre Angus Beef.
En silence. Ne vous leurrez pas. «Qui ne dit mot consent» est un adage ridicule.
Le faux derche établira déjà dans sa tête la liste des reproches qu’il vous adressera quand votre liaison entamera son processus d’érosion. 

Parce qu’après, ce sera:
 «Dis donc, tes hanches!»,
 «Tu n’aurais pas un peu grossi?»,
 «Et si tu t’offrais une thalasso?»,
 «Tu as vu ta copine? Toute mince. Une ligne superbe!».
Ou alors, plus subtil: «J’ai envie de commencer un petit régime. Tu m’aides?» 

Vous n’aurez plus d’autre solution que de jeter cet empêcheur de manger en rond. 
Parce qu’il ne changera pas, hélas. Vous non plus, Dieu merci. 

Donc, si d’aventure vous rencontrez un candidat à première vue comestible, jouez la carte de la prudence. Commencez par surveiller son assiette et inspecter son réfrigérateur. 
C’est plus révélateur qu’une discussion métaphysique. 

Tiens, en passant. Observez-le au moment de l’addition. 
S’il refait le calcul, jouez les crayons: taillez-vous. 
Car il y a pire qu’un sous-doué de l’appétit: un radin. 
Il y en a qui cumulent. 
 
©Danielle Dechamps
 








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